J'avoue que j'appréhendais sincèrement d'aller en Chine. Même avec les explications que je vous ai données il y a dix jours, je n'étais pas très à l'aise. J'ai des convictions fortes et la seule idée d'aller dans ce pays me gênait, comme habité par le trouble de me sentir complice d'un régime que je désapprouve.
Je ne vais pas vous raconter tout mon voyage mais, en quelques mots, voilà ce que j'en retiens.
Ma conférence
J'ai planché jeudi après midi devant une salle comble remplie aux trois quarts de jeunes Chinois. Ils étaient plusieurs centaines. Je leur ai fait un speech sur les réseaux sociaux et les relations publiques, sur la promesse de liberté qu'apportait le net, sur le fait que l'Internet conférait un nouveau pouvoir aux individus en les libérant de la pensée unique qui tente toujours de les asservir. J'ai tenté de les faire réfléchir sur deux ou trois choses concrètes que le net avait pu apporter au monde. L'accueil a été globalement bon et même si j'étais anormalement ému de faire cet exercice, je pense que quelques messages clés sont passés. Puis j'ai donné la parole à d'autres intervenants sur cette table ronde. Je n'ai évidemment pas changé la face du monde mais, croyez moi, quand j'ai parlé du clip 1984 d'Apple réalisé par Ridley Scot pour le lancement du Macintosh et que j'ai rappelé que le personnage de Big Brother incarnait un pouvoir totalitaire disant aux gens ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient dire, en les privant de toutes leurs libertés à commencer par la liberté d'expression, je me suis senti à la fois tout petit mais en même temps en accord avec mes idéaux.
Le congrès mondial de l'IPRA (www.ipra.org)
Aucune association n'est capable de réunir autant de professionnels des relations publiques venus des quatre coins du monde. C'était très impressionnant. Il y avait environ 800 personnes et des intervenants de très haute volée. Si les chinois restent attachés à leurs Jeux Olympiques comme la preuve ultime de leur suprématie et de leur grandeur (et je ne peux plus entendre le mot de J.O. après l'overdose de la semaine dernière), les deux thèmes les plus souvent débattus ont été Barack Obama et les effets de l'Internet sur la communication dans le monde. Ce qui m'a fait sourire, c'est qu'Obama est récupéré par tous ceux qui essayent de prouver une bonne pratique. On met le pauvre Barack à toutes les sauces du succès et on s'en sert comme alibi pour explique un truc qui fonctionne. Plus sérieusement j'y ai appris plein de choses et je reviens de ce cycle de conférences avec une ouverture sur le monde que je n'avais pas avant.
Les chinois
On peut dire ce que l'on veut sur le régime et sur la ville, les chinois sont incroyablement accueillants. Je ne parle pas des cadres ou des dignitaires présent au congrès et qui ont une furieuse tendance à nous montrer qu'ils nous méprisent en tant que représentants de l'occident, je parle des chinois de la rue, de ceux que l'on rencontre dans les restaurants, les boutiques, les taxis,... Ils sont toujours souriants et prêts à vous venir en aide malgré un niveau d'anglais assez calamiteux. Ils ont contribué à faire de ce voyage un assez bon moment.
Pékin
Je n'ai pas aimé mais alors pas aimé du tout. Il y a certes le coeur de la ville et la cité interdite mais tout le reste (en tout cas ce que j'en ai vu) est sans âme. Des immeubles partout traversés par des voies de circulation qui ressemblent plus à des autoroutes qu'à des rues de centre ville, une pollution à faire passer Los Angeles pour un joli coin de nature, un urbanisme totalement repoussant et cette volonté très affichée de rattraper le temps perdu en exhibant des constructions flamboyantes, symboles d'une nouvelle richesse.
La Grande Muraille
Le grand moment touristique et émotionnel de ce voyage. Le sentiment de rencontrer l'histoire, une immensité qui vous fait vous sentir tout petit, un édifice qui fait malgré tout réfléchir sur l'avidité de l'homme à construire des murs pour se protéger d'autres hommes. Le monument historique de l'exclusion et, quand on y pense, c'est étrange que ce soit le seul moment que l'on aperçoive, selon la légende, depuis la lune.
Le shopping
Pékin est la capitale incontestée du marchandage. Pour peu que l'on aime ça, ce qui est franchement mon cas, c'est du bonheur de discuter le bout de gras avec ces jeunes vendeuses qui vous font un numéro incroyable pour camper sur leur prix et vous faire dépenser des sommes indécentes. J'ai discuté pendant une demie heure le prix d'une théière en terre faite à la main et de toute beauté. C'était manifestement un moment de jeu auquel on prenait part avec le sourire et, une fois la jeu terminé et la vente réalisée, on avait tous les deux le sentiment d'avoir passé un très bon moment.
Merci de m'avoir suivi dans ce périple.
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