"La Banque européenne d'investissement, au cours des trois années qui viennent en plus de l'exercice en cours, mobilisera 30 milliards d'euros, dont 15 milliards sur l'ensemble des deux années 2008 et 2009" pour aider les PME, a annoncé la ministre française Christine Lagarde, dont le pays préside l'Union européenne. (source : La Tribune.fr)
C'est une assez bonne nouvelle, malheureusement plombée dans l'actualité par la faillite de Lehman Brothers. Aider les PME et leur permettre d'accéder plus facilement à des financements, c'est une initiative dont personnellement, en tant que patron de PME je ne peux que me réjouir. Le tissu économique européen est constitué majoritairement de petites et moyennes entreprises. Elles sont créatives, sont beaucoup plus agiles que les grosses boites et créent plus rapidement des richesses pour peu qu'on les aide à fertiliser leur activité.
Reste à savoir comment ce financement sera organisé et notamment en France. Car il y a deux questions au moins qui sont fondamentales.
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La première est de savoir ce que financera exactement la BEI et quels seront les critères d'éligibilité à ces ressources. Traditionnellement, l'Europe finance des projets de Recherche & développement et je ne pense pas que ce soit suffisant. Pour obtenir de l'argent d'organismes qui sont rattachés à l'Union Européenne, il est souvent indispensable de déposer un projet de recherche. Cela a pour conséquence d'exclure du financement des sociétés qui ne font de pas de R&D (comme c'est notamment le cas de certaines sociétés de services) et cela a pour autre conséquence de ne financer que le moyen, voire le long terme (les cycles de développement les plus innovants sont souvent les plus longs).
La deuxième question est celle du formalisme et notamment du cautionnement. On le sait, les relations avec l'Union Européenne sont compliquées pour les entreprises, tant les procédures sont opaques, techniques et nécessitent l'emploi de spécialistes qui coûtent parfois plus cher que le bénéfice escompté de l'opération. Mais il y a un autre point, plus franco-français celui-ci qu'il faudrait pouvoir régler à l'occasion de la mise en place de cette mesure : quid de l'obligation pour le chef d'entreprise de se porter caution solidaire sur ses biens personnels en contrepartie de l'obtention d'un financement ?
Le gouvernement a supprimé récemment le cautionnement pour les prêts étudiants mais les chefs d'entreprises, patrons de PME, sont presque toujours contraints d'engager l'intégralité de leurs biens personnels en caution s'ils veulent obtenir un prêt de leur banque. Inutile de vous dire que c'est un énorme frein à l'investissement. J'ai dû emprunter à trois reprises dans ma vie professionnelle pour financer des investissements d'infrastructure (déménagement des locaux, investissements informatiques,...), dans chacun des cas, j'ai dû me positionner en garantie personnelle. Aujourd'hui, j'ai des projets d'investissements mais je ne les mène pas au bout tant que je ne suis pas capable de les autofinancer.
Alors si la décision des ministres de l'économie de l'union Européenne est une bonne nouvelle, il faudrait que cet argent puisse financer des investissements structurels, opérationnels ou de croissance (et pas uniquement des projets de R&D). Il faudrait ensuite que le gouvernement accorde aux chefs d'entreprises ce qu'il a accordé aux étudiants et, croyez-moi, cela boosterait les investissements de façon considérable.




Parfaitement d'accord sur le problème des cautions. Une meilleure analyse des dossiers, de sorte à financer ceux qui tiennent réellement la route, serait aussi une piste pour réduire le risque.
Rédigé par : Claudio Pirrone | 15/09/2008 à 22:12
Il serait temps que tout le monde aide les tpe et les pme !! Pas seulement l'Europe.
Rédigé par : Philppe | 16/09/2008 à 09:12
Cher Christophe,
Il n'y a pas que les crédits qui peuvent aider une PME...
Il faudrait tout simplement que les PME françaises s'ouvrent au monde extérieur.
Je suis sur les marchés internationaux et vois comment elles agissent. Cela fait pitié...
Il y a énormément à faire, et cela commence par la toute petite enfance, car tout est lié.
Si tu es sur les commissions de Corinne Lepage, je t'invite à lire - et tes lecteurs avec toi - les deux fils que j'ai lancés à ce sujet, à mon retour d'entretiens en PME allemandes...
http://forum.commissions-democrates.net/viewtopic.php?f=25&t=826
http://forum.commissions-democrates.net/viewtopic.php?f=25&t=593
Mon fils qui travaille dans la recherche internationale, me raconte ce qu'il voit lors des congrès internationaux, le dernier à Sydney...
Son commentaire laconique: "Présentation excécrable dans un anglais lamentable"... Beaucoup sont allés visiter le Zoo et l'Aquarium de Sydney pendant que les Français présentaient leurs travaux. Leur anglais était tellement incompréhensible, qu'il valait mieux lire le texte écrit qui était dans la documentation du Congrés...
Triste situation. Il est URGENT de bouger.
Et ce ne sont pas les "crédits" qui changeront les choses... à mon humble avis.
Car le monde est devenu un village, on ne vit plus en circuit fermé.
Bonne lecture
Rédigé par : Danièle Douet | 16/09/2008 à 13:20
@ Danièle: alors là, je suis complètement d'accord avec toi Danièle. La pratique plus qu'approximative de l'Anglais par nos compatriotes est un obstacle énorme à nos capacités à exporter. Comment une PME, dans laquelle quasiment personne ne parle anglais (et j'en connais...), serait-elle à même de remporter puis de gérer un contrat à l'exportation?
J'ai l'impression qu'on est en train de prendre conscience de ce problème dans notre pays, mais le hic c'est que sa résolution risque de prendre du temps.
Rédigé par : JF le démocrate | 16/09/2008 à 17:05
@ JF le démocrate:
Merci de ta vision partagée :-)
Mais si ce n'était que l'anglais... c'est toute la vision du monde - replié sur soi - et c'est le même problème dans toutes les langues étrangères (avec bien sûr les exceptions qui confirment la règle)
Ce que j'entends dans les entretiens d'embauche fait frémir...
Rédigé par : Danièle Douet | 16/09/2008 à 17:27